Tablettes rongorongo : banque de données
polynésienne
1871 Récitation de Metoro devant la tablette Mamari
Item C
© Lorena Bettocchi
DIBAM Santiago de Chile (enregistré dans
estudios y tesis, 2007)
Monseigneur
Tepano Jaussen, qui mettait au propre ses notes sur l’étrange écriture de l’Ile
de Pâques, demanda un jour à un jeune
Pascuan à son service :
« Pakarati, es-tu Maori ?
-
Non Monseigneur ! Je ne suis pas Maori ! Car je ne sais ni
lire ni écrire…
Pakarati,
je serais donc, moi… un Maori ?
-
Oui !
toi Monseigneur, tu sais lire et
écrire. Tu es donc un grand Maori »
Car
chez les Pascuans, seuls les Maori rongorongo connaissaient la grande étude, te
tai rongorongo, le message et la
récitation des signes.
Plus
tard, le jeune Ure Po Tahi, baptisé Pancrace puis nommé Pakarati, Maori
d’origine rapanui, fut instruit en
lecture et en écriture car Monseigneur Tepano Jaussen désirait en faire son
premier catéchiste Pascuan.
Quelques
années auparavant ce fut un Pascuan, Metoro Taua a Ure, fils de Hei Tuki, élève
de Nga-Hou de Rei-Miro et de Pao-vaa qui instruisit le prélat en écriture rongorongo. Ce qui
provoqua l’admiration de tous les Pascuans de Tahiti.
Metoro
était seulement un élève, ce n’était pas
un Maori rongorongo, un maître en écritures,
mais il y eut osmose entre le prélat et le Pascuan, seul homme sachant
quelque chose sur cette écriture et qui par chance vivait à Tahiti. Il le fit venir dès
1869 à l’évêché, il « acheta les services du Rapanui à Brander qui l’employait sur ses
terres » car le bon évêque avait envie de connaître la structure ce
cette écriture. Leur patiente collaboration dura plusieurs années. Metoro fut
sauvé des épidémies et de la maltraitance de Brander en restant avec Monseigneur
Tepano Jaussen.
Chapitre III
1871 Le Maori Metoro Taua a Ure devant la tablette Mamari
Rappel historique
Lors
du départ des missions de Rapanui, Monseigneur Tepano Jaussen reçut cinq tablettes
dont la Mamari (ou Item C dans le Corpus Inscriptonium Paschalis Insulae du
catalogue de Barthel) Le prélat enregistra des informations qui ne permettent pas de comprendre la
sémantique d’origine du rongorongo, ni sa structure. Mais en tant que banque de
données, nous devons considérer la
sémantique découverte par le prélat, ainsi que l’interprétation du premier
Pascuan nommé Metoro qui tenta l’expérience devant un Européen. Apès avoir lu
cette restructuration, il sera donc prohibé de traiter Metoro de mystificateur.
Il a fourni de sérieux effort pour un apprenti.
L’évêque
était un homme digne d’estime pour les
Pascuans : il connaissait
l’écriture, un degré supérieur dans la hiérarchie maori. Metoro, respectueux
des usages et parfois moqueur, récita un rituel, en invoquant son Dieu du temps
présent et les Dieux de ses ancêtres. Puis il donna une description physique
des figures et livra
certainement des souvenirs reçus
des anciens maîtres.
Parfois,
un semblant structure morphologique de l’écriture émergea des informations. Il
transposa la sémantique des anciens au temps présent : il y a dans la sémantique de Metoro des informations en ethnolinguistique.
Sans
toutefois prendre les récitations de Metoro comme la Pierre de Rosette (il n’y
a aucune pierre de Rosette sur le rongorongo, pas plus que de Champollion), nous nous devons de les étudier
et de revoir toute la banque de données laissée par Monseigneur Tepano Jaussen.
Cette banque de données fut publiée par Thomas Barthel en 1958 et par Jacques
Guy sur www.rongorongo.org
qui a réussi l’exploit de constituer le premier jet de cette récitation
d’origine, le plus fidèlement possible, proche de ce qu’avait noté Tepano
Jaussen.
Je me suis efforcée de restructurer cette
banque de données en indiquant les séquences de la récitation par rapport
aux signes (il ne s’agit plus de la lecture d’origine de cinq signes en
cinq signes comme T Jaussen l’avait supposé).
Ce
sont des mots du passé et Metoro ne lit absolument pas : il donne sur les
signifiants ou figures, de possibles
signifiés tout en incluant les rituels anciens. Metoro s’appliqua à l’art
oratoire de la sémantique.
Il s’agit de vocabulaire aux différentes
acceptions (cinq, sept pour un seul mot). Aussi
aucune traduction ne sera proposée : la langue maori de Rapanui fut
mélangée à la langue tahitienne, pas
toujours comprise par le prélat.
Toutefois, lorsque Métoro se répétait, tout au long de la lecture des
cinq tablettes, l’évêque pensait qu’il avait une possible traduction. Il travailla donc avec ces répétitions, au
répertoire des signes boustrophédons des bois d’hibiscus intelligents (publié
après sa mort). Le père Ildefonse Alazard considéra ses notes
sur l’apport de Metoro et publia : que le répertoire n’était point
exempt d’erreurs et qu’il constituait non une lecture exhaustive mais des
possibles interprétations, l’idée par rapport au signe, bref, la sémantique,
qui fait partie de la linguistique.
« Honneur á ces Maori de l’île la plus isolée
du monde qui avaient une écriture » conclut Mgr Tepano Jaussen
Item C La
tablette dite Mamari (voir la fiche technique) page précédente. Photo Catherine
Orliac. Courtoisie SS Picpus Muséum, Grottaferrata, Roma.
L’item C
(ici verso ou face b) est une grosse tablette :
elle mesure
29 cm x19.5 cmx2,5 cm. Taillée en bois
de rose d’Océanie ou thespesia
populnea (doc. Catherine Orliac
CNRS)
METORO
commença par ce côté-ci de la tablette que Thomas Barthel[1] décida de
codifier Item C face b. Et comme
le fera Ure Vae Iko en 1886, c’est-à-dire 15 ans plus tard, les premiers mots
de Metoro annoncèrent le caractère sacré
de l’écriture, le rituel et le Pascuan demanda la protection des Dieux, durant la lecture :
E tapu ki, i roto ‘O te
hau-tea, ki te henua,
E maro ! rutua te pahu !
rutua te maeva !
Atua
! Arero roa, Atua ! Hiko kura O’tea kainga
Te ako, te henua raa-ma,
te ´O´, i Atua !
Monseigneur Tepano Jaussen ne s’aperçut point de ce rituel et
nota : « la
première ligne est à côté d'un creux ou défaut dans le bois. Le chant de Metoro n'est plus complet. Un
doigt sur le signe, je tâchais de ne plus écrire de son chant que le mot
essentiel »
Le prélat observa des rythmes de
cinq en cinq par rapport aux signes, mais la récitation de Métoro ne
fonctionnait pas exactement ainsi. Elle
fut bien plus complexe que cela.
Il balaya la ligne du bas du
regard, donna parfois deux significations
en sémantique, avec la logique du
souvenir de la culture ancestrale mais
aussi en transposant le signe dans son mental. Comme on le fait avec les
symboles. Il s’appliqua et n’oublia que très peu de signes. Voici donc la
récitation de Metoro qui commença par la ligne du bas de cette tablette de
forme ovale, d’où son nom.
L’étude ci-après reprend le travail remarquable en épigraphie et en
codification du CEIPP de Paris (commission rongorongo, une codification plus
complète par famille de signes est en cours). Il est fort probable que sur les
pages du Web, les numéros soient décalés par rapport aux signes. Vous
retrouverez la récitation de Metoro et la codification de la tablette sur www.rongorongo.org,
le site de Jacques Guy, afin d’effectuer
des vérifications croisées et souhaitables… Sans le CEIPP et sa commission
rongorongo, ces nouvelles données n’existeraient pas.
Rappel : Nous avons mis 126 années avant de restructurer afin
d’approcher le plus possible l’esprit et la lettre. Cette étude
peut être contestée ou améliorée par un groupe de travail d’étudiants
locuteurs du proto-polynésien. J’en serais ravie.
SÉMANTIQUE DE METORO EN
Cb1 début incomplet incluant un
rituel, Metoro invoque les Dieux des anciens puis balaie les lignes du
regard ( J’ai noté les sections, les deux points voulant dire
jusqu’à – exemple Section 1,3 : 1+52 1
suivi de 3 jusqu’1+53) – Le lancement sur internet fait décaler les chiffres
par rapport aux signes. Le + signifie qu’il s’agit d’une figure composée. Le
tiret sépare les glyphs.
Cb1
Section 1,3 : 1+52 |||| ki te henua, te maro, rutua te pahu, rutua te maeva [2]
||||
Section 630 : 6+? |||| || manu rere || ku a rere nga manu || ki te ragi || e aha te nuku erua ? koia ku a huki || e niu tu || ki te ariki || e ka hua ra tona rima ||||
Section 311+71 : 1?
|||| koia ku a iri i ruga o te rima e o to vaha mea || manu moe ra || ki to mata, e nuku mata, hoe a ||
ko te rima || ku a oho
ki te vai || ma te ua ||||
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